
L’idée d’une tournée punk « rentable » est un contre-sens si on la mesure en argent. La véritable rentabilité est l’autonomie. Cet article déconstruit le mythe du succès commercial pour vous montrer comment chaque décision – du son de votre guitare à la manière de financer votre essence – est un acte politique qui construit votre indépendance. Oubliez les standards de l’industrie ; la survie et la liberté de votre groupe reposent sur une économie de la débrouille et un circuit alternatif que vous devez bâtir vous-même.
Le van pue l’essence et la bière tiède. Vous avez assez d’argent pour le prochain péage, mais pas pour le plein complet. C’est le cliché de la tournée rock, et pour un groupe de punk qui débute, ça ressemble souvent à la dure réalité. Beaucoup pensent que la solution est de « percer » : signer sur un label, trouver un agent, enregistrer un album propre pour passer à la radio. On vous dira de policer vos textes, de complexifier vos morceaux et de soigner votre image pour plaire au plus grand nombre. C’est la voie classique, celle qui mène souvent à la dilution du propos et à la perte de contrôle.
Mais si la véritable clé n’était pas de rentrer dans ce système, mais de construire le sien ? Si chaque contrainte du « manque de moyens » devenait une force, un choix esthétique et politique délibéré ? L’essence du punk n’est pas de copier un son, mais d’incarner une éthique : le Do It Yourself (DIY). Cet article n’est pas un manuel pour devenir riche, mais un guide de survie pour rester libre. Nous allons explorer comment la « rentabilité » d’une tournée punk ne se compte pas en euros sur un compte en banque, mais en kilomètres parcourus, en rencontres faites, et en autonomie gagnée. C’est l’art de transformer la nécessité en une arme culturelle. Chaque aspect, du son à la gestion financière, sera abordé non comme un obstacle, mais comme une opportunité de renforcer votre identité et votre indépendance.
Cet article va vous guider à travers les piliers de l’autonomie punk. Vous découvrirez la philosophie qui se cache derrière chaque décision pratique pour construire une tournée qui ne vous rapporte pas seulement de quoi payer le prochain repas, mais qui renforce votre projet et sa raison d’être.
Sommaire : Monter une tournée Punk rentable : le guide de survie sans label ni agent
- Pourquoi un enregistrement « sale » sonne-t-il parfois plus authentique qu’une prod studio ?
- Slogan ou Poésie : comment écrire des textes engagés sans tomber dans la caricature ?
- L’erreur de complexifier vos accords quand l’énergie repose sur trois notes
- Sécurité ou Liberté : où placer la limite dans une fosse déchaînée ?
- Pourquoi le look a-t-il autant d’importance que la musique dans l’identité Punk ?
- Subvention ou Mécénat : où trouver l’argent pour créer votre nouveau spectacle ?
- Monter son label associatif : les étapes administratives pour sortir sa propre musique
- Comment adapter votre set « stade » pour jouer dans un salon ou un petit bar ?
Pourquoi un enregistrement « sale » sonne-t-il parfois plus authentique qu’une prod studio ?
La première barrière à l’entrée pour un groupe, c’est le coût d’un studio. L’industrie musicale vous fait croire qu’un son professionnel est synonyme de production lisse, compressée et sans défaut. Le punk a toujours craché sur cette idée. Un son « sale », lo-fi, n’est pas une preuve d’amateurisme, mais un manifeste d’indépendance. Il dit : « Nous n’avons pas eu besoin de papa-maman ou d’une major pour enregistrer ça. Nous l’avons fait nous-mêmes, dans notre cave, avec notre rage. » C’est l’esthétique de la nécessité : le son devient le reflet direct des conditions de sa création, et c’est ce qui le rend authentique. Chaque saturation, chaque larsen, chaque respiration captée entre deux prises est une trace de vie, une cicatrice qui prouve que la musique est réelle.
Cette approche n’est pas seulement philosophique, elle est aussi historique et économique. L’enregistrement brut est la signature des pionniers qui ont prouvé qu’on pouvait toucher le public sans le filtre aseptisant de la production commerciale.
L’approche DIY de Bérurier Noir et l’impact économique du son lo-fi
Dans les années 80, Bérurier Noir a bouleversé la scène française avec une formule minimale : une guitare, un saxophone et une boîte à rythmes. Leurs enregistrements, réalisés dans des conditions spartiates, étaient à l’opposé des standards de l’époque. Pourtant, leur influence a été colossale. Comme le montre une analyse de leur parcours, des milliers de groupes punk français ont adopté la boîte à rythmes grâce à eux. La philosophie DIY n’était pas un simple rejet de l’industrie, mais un mode de vie alternatif. Le son brut devenait la preuve économique de l’indépendance, un modèle où la création primait sur la technique.
Pour obtenir ce son sans le simuler artificiellement, il faut revenir à la source. Il s’agit de privilégier le matériel qui a du caractère, même s’il n’est pas parfait. Voici quelques pistes :
- Utiliser un enregistreur 4 pistes à cassette ou un Tascam Portastudio pour obtenir la compression naturelle et la saturation chaude de la bande magnétique.
- Enregistrer les pistes en une seule prise dans un local non traité acoustiquement (un garage, une cave) pour capturer l’énergie du live et l’ambiance du lieu.
- Pousser des amplis vintage dans leurs derniers retranchements plutôt que de se reposer sur des simulations numériques propres.
- Assumer les « erreurs » : les bruits de fond, les comptes avant les morceaux, les pains de guitare… C’est la vie.
- Au mixage, opter pour une compression agressive pour écraser la dynamique et créer ce fameux « mur du son » qui vous saute au visage.
En fin de compte, le son « sale » est un filtre. Il éloigne les auditeurs passifs qui cherchent une bande-son facile et attire ceux qui recherchent de l’honnêteté et de l’intensité. C’est la première étape pour construire une communauté de fans qui vous suivront pour ce que vous êtes, pas pour ce que l’industrie voudrait que vous soyez.
Slogan ou Poésie : comment écrire des textes engagés sans tomber dans la caricature ?
Le punk sans message, c’est comme une bière sans alcool : ça ressemble, mais ça n’a ni le goût ni l’effet. L’écriture est le cœur du réacteur. Mais comment être engagé sans sonner comme un tract de parti politique ou un adolescent qui découvre la rébellion ? L’équilibre est fragile. Tomber dans la caricature, c’est utiliser des slogans vides de sens, répéter des clichés sans y injecter sa propre expérience. Le véritable engagement naît de la sincérité brute. Il ne s’agit pas de parler de « la société » en général, mais de raconter ce qui vous met en colère, ce qui vous fait peur, ce qui vous donne envie de tout casser, ici et maintenant. Parlez de votre rue, de votre boulot de merde, de ce politicien local qui vous dégoûte. L’universel se trouve dans le particulier.
La poésie punk n’est pas dans les rimes riches ou les métaphores complexes. Elle est dans l’image choc, la formule qui frappe, le mot cru qui détonne. Un slogan comme « La jeunesse emmerde le Front national ! » de Bérurier Noir n’est pas un chef-d’œuvre de littérature, mais il est devenu un poème collectif hurlé par des milliers de personnes parce qu’il cristallisait une rage et une époque. La force d’un texte punk réside dans sa capacité à être crié en chœur. Pensez à vos textes non pas comme des pages à lire, mais comme des munitions pour la fosse.

L’authenticité est la seule règle. N’écrivez pas sur la lutte des classes si vous n’avez jamais galéré. Ne parlez pas d’antifascisme par posture. Parlez de votre vécu. C’est cette honnêteté qui touchera les gens et qui les fera sentir qu’ils ne sont pas seuls. Votre carnet de notes, plein de ratures et de taches de café, est plus précieux qu’un dictionnaire de synonymes. Il est le sismographe de votre âme et de votre colère. C’est là que réside la véritable poésie punk : dans la vérité, même si elle est laide, chaotique et mal écrite.
Finalement, le plus grand danger n’est pas la caricature, mais l’autocensure. Si vous vous demandez si une phrase est « trop » directe, « trop » violente ou « trop » simple, c’est probablement qu’elle est juste. Le punk n’est pas là pour rassurer, il est là pour déranger.
L’erreur de complexifier vos accords quand l’énergie repose sur trois notes
Votre guitariste vient de découvrir le jazz fusion et veut placer un accord de onzième diminuée sur le refrain ? Stoppez tout. C’est l’erreur la plus commune des groupes qui veulent se « professionnaliser ». Ils confondent complexité technique et qualité musicale. Dans le punk, l’énergie ne naît pas de la richesse harmonique, mais de la puissance rythmique et de l’impact physique. Les Ramones ont bâti une carrière sur trois accords joués à une vitesse vertigineuse. Pourquoi ? Parce que la simplicité est efficace. Un « power chord » (un accord de quinte, souvent juste deux ou trois notes) est un coup de poing sonore. Il est facile à jouer vite, il sonne puissant avec de la distorsion et il laisse toute la place à la ligne de basse et au chant.
La simplicité n’est pas une limitation, mais un choix esthétique qui sert l’énergie. Chaque note supplémentaire est une occasion de perdre en puissance brute. C’est une question de physique : plus le signal est simple, plus il peut être amplifié et saturé sans devenir une bouillie inaudible. La scène punk DIY française l’a bien compris. Le groupe Birds in Row, par exemple, bien que reconnu pour sa technicité, maintient des structures simples pour préserver une intensité émotionnelle maximale, comme l’explique une analyse sur les carrières DIY. Ils ont compris que le but n’est pas de prouver sa virtuosité, mais de créer une connexion directe et viscérale avec le public.
Le tableau suivant résume bien l’enjeu : la simplicité n’est pas un manque, mais un outil au service de l’impact.
| Approche | Avantages | Inconvénients | Exemples |
|---|---|---|---|
| Power chords (2-3 notes) | Impact physique maximal, facilite les variations dynamiques, accessible à tous | Harmonies limitées | Ramones, Black Flag |
| Accords complexes | Richesse harmonique, possibilités mélodiques | Perd en puissance brute, difficile en live | Post-punk tardif |
| Hybride (simple + dissonance) | Tension créative, originalité | Nécessite maîtrise | Fugazi, Sonic Youth |
Cela ne veut pas dire qu’il faut refuser toute évolution. Des groupes comme Fugazi ou Sonic Youth ont exploré la dissonance et des structures plus complexes, mais toujours au service d’une tension, pas d’une démonstration technique. La règle d’or est simple : est-ce que cet accord sert le morceau ou l’ego du musicien ? Si la réponse est la deuxième, retournez au bon vieux power chord.
L’objectif n’est pas d’impressionner les autres musiciens dans la salle, mais de faire bouger les gens devant la scène. L’énergie punk est un langage universel, et ses mots les plus puissants sont souvent les plus simples.
Sécurité ou Liberté : où placer la limite dans une fosse déchaînée ?
Un concert de punk sans pogo, c’est un match de foot sans ballon. La fosse, ce chaos mouvant et en sueur, est l’expression physique de l’énergie que vous dégagez sur scène. C’est un espace de libération, où les corps s’entrechoquent dans une danse violente mais joyeuse. Mais cette liberté a ses propres règles, non-écrites mais fondamentales. En tant que groupe, vous êtes le catalyseur de cette énergie, mais vous avez aussi une responsabilité implicite. Votre rôle n’est pas d’être des flics, mais de créer un cadre où la folie peut s’exprimer sans devenir dangereuse. Le mot clé est le respect mutuel. Un pogo n’est pas un combat de rue. Le but n’est pas de blesser, mais de partager une expérience collective intense.
La limite est claire : la liberté des uns s’arrête là où commence le danger pour les autres. Il s’agit de maintenir une « anarchie contrôlée ». Cela passe par des signaux envoyés depuis la scène. Si vous voyez quelqu’un tomber, arrêtez de jouer une seconde, le temps que les autres le relèvent – la musique reprendra encore plus fort. Si vous voyez un comportement clairement malveillant (coups intentionnels, agression), désignez-le du doigt. Vous n’êtes pas la sécurité, mais votre parole a du poids. En créant vos propres concerts dans le circuit alternatif, vous êtes aussi l’organisateur. Vous devez donc garantir des conditions minimales : des issues de secours dégagées, un extincteur à portée de main, et idéalement, une petite trousse de premiers soins.

Le pogo est un dialogue. L’énergie que vous envoyez vous est renvoyée par la fosse, amplifiée. C’est une transe collective, un rituel. Assurer la sécurité de ce rituel ne le rend pas moins sauvage ; au contraire, cela permet à chacun de se lâcher complètement, en sachant que la communauté veille. Un pogo réussi, c’est quand tout le monde en sort épuisé, couvert de sueur et de bleus, mais avec un sourire jusqu’aux oreilles et le sentiment d’avoir partagé quelque chose d’unique.
La fosse est le reflet de votre musique. Si elle est un espace de respect, de soutien et d’énergie partagée, c’est que vous avez réussi bien plus qu’un simple concert. Vous avez créé une communauté, ne serait-ce que pour trente minutes.
Pourquoi le look a-t-il autant d’importance que la musique dans l’identité Punk ?
Dire que le look n’a pas d’importance dans le punk est soit de la naïveté, soit de la malhonnêteté. Depuis les premiers jours avec les Sex Pistols et leur look créé par Vivienne Westwood, l’apparence a toujours été un champ de bataille. Un jean déchiré, une crête iroquoise, des clous, des épingles à nourrice… ce ne sont pas des choix de mode, ce sont des déclarations politiques. Dans une société qui vous juge sur votre apparence, choisir un look qui crie « Je vous emmerde » est un acte de résistance en soi. C’est une manière de se rendre visiblement « autre », de refuser les codes de la normalité et de se signaler à ceux qui partagent le même rejet. Le look punk est un uniforme pour ceux qui n’en veulent pas.
Cette dimension visuelle est inséparable de l’éthique DIY. Il ne s’agit pas d’acheter la dernière veste de marque « punk », mais de la fabriquer soi-même. Customiser ses vêtements, c’est s’approprier son identité, la construire pièce par pièce avec des patchs de groupes, des slogans peints à la main, des déchirures et des réparations. C’est le même processus que pour la musique : on prend des éléments existants et on les tord, on les dégrade, on les réassemble pour créer quelque chose de nouveau et de personnel. Comme le dit le témoignage sur l’esthétique de Bérurier Noir, le look peut fonctionner comme une « armure sociale » et un « système de signalisation » face à un monde extérieur hostile.
L’importance de l’autoproduction est au cœur de cette démarche. Il s’agit de maîtriser son image comme on maîtrise sa musique. La citation suivante de François Bérurier, une des figures emblématiques de la scène, résume parfaitement cette philosophie.
Le punk rock, c’est se produire soi-même. Nous dénonçons les prisons, les hôpitaux, la mafia… Pour être libre il faut se produire soi-même.
– François Bérurier, Interview INA – Archives Bérurier Noir
« Se produire soi-même », c’est le maître-mot. Cela s’applique à la musique, aux tournées, et bien sûr, à l’image. Votre look n’est pas un accessoire. C’est l’emballage de votre message. Il doit être cohérent avec votre musique et vos textes. Si vous chantez la révolution avec un T-shirt propre et repassé, quelque chose ne colle pas. L’apparence est la première chose que le public voit, avant même d’entendre la première note. Elle doit annoncer la couleur.
En fin de compte, le look punk, c’est l’art de faire de son propre corps un fanzine, une pochette de disque, un tract politique ambulant. C’est affirmer son identité avant même d’avoir ouvert la bouche.
Subvention ou Mécénat : où trouver l’argent pour créer votre nouveau spectacle ?
Le mot « argent » est presque un gros mot dans la scène punk. On est censé être au-dessus de ça. La réalité, c’est que l’essence pour le van et les cordes de guitare ne se paient pas en bonne conscience. La question n’est pas de refuser l’argent, mais de savoir d’où il vient et ce qu’il implique. La « rentabilité » punk, c’est l’autofinancement et l’indépendance. Oubliez les subventions complexes qui vous demandent de remplir des dossiers de 50 pages pour prouver que votre projet est « culturellement pertinent ». Oubliez le mécénat d’entreprise qui voudra mettre son logo sur votre batterie. L’argent, dans le circuit DIY, vient de la communauté. Votre premier et principal financeur, c’est votre public.
Chaque T-shirt vendu, chaque CD gravé à la main, chaque entrée payée (même à prix libre) est un vote de confiance. C’est un soutien direct qui ne passe par aucun intermédiaire. Le merchandising n’est pas une dérive capitaliste, c’est le carburant de la machine. Mais il doit être à votre image : des T-shirts sérigraphiés dans votre garage, des patchs cousus main, des fanzines photocopiés. Chaque objet doit raconter une histoire et avoir une valeur qui dépasse son coût de production. Dans l’écosystème numérique actuel, même les plateformes de streaming, souvent critiquées, peuvent jouer un rôle. Savoir que, selon le rapport 2024 de la plateforme, les deux tiers des revenus Spotify en France vont aux artistes indépendants est un signe que les circuits changent.
L’argent doit circuler à l’intérieur de la scène, pas en provenir de l’extérieur. Il s’agit de construire une économie de la débrouille solidaire et créative. Le crowdfunding peut être un outil, à condition qu’il soit utilisé pour un projet précis et transparent (financer le pressage d’un vinyle, acheter un nouveau micro) et non pour payer votre loyer.
Votre plan d’action pour un financement 100% DIY
- Préventes : Organisez des préventes d’albums via des plateformes comme Bandcamp avant même de l’enregistrer pour financer le studio.
- Packs de soutien : Créez des « packs » exclusifs qui vont au-delà de la musique : un T-shirt sérigraphié unique + un EP en édition limitée + le nom du contributeur écrit sur le van.
- Système d’échange : Mettez en place un réseau d’échange avec d’autres groupes. « On vous héberge à Paris si vous nous trouvez une date et un canapé à Lyon. »
- Concerts de soutien : Organisez des concerts bénéfices pour des causes locales (squat menacé d’expulsion, refuge pour animaux). Vous tisserez des liens forts avec la communauté locale, qui vous le rendra.
- Transparence du crowdfunding : Utilisez le financement participatif pour des objectifs clairs et tangibles (ex: « Aidez-nous à financer le pressage de 500 vinyles ») et montrez le résultat.
En définitive, chercher de l’argent dans le punk, ce n’est pas tendre la main, c’est construire un système économique parallèle, basé sur l’échange, le soutien mutuel et la valeur réelle du travail créatif. C’est plus de boulot, mais la liberté n’a pas de prix.
Monter son label associatif : les étapes administratives pour sortir sa propre musique
Au début, on se contente de vendre des CD-R gravés après les concerts. Mais quand le projet prend de l’ampleur, que d’autres groupes amis veulent se joindre à l’aventure, la question de la structure se pose. Monter son propre label n’est pas un rêve de grandeur, c’est la suite logique du DIY : passer du « Do It Yourself » au « Do It Together » (DIT). C’est l’acte de naissance officiel de votre autonomie. Un label DIY, ce n’est pas un bureau avec des attachés de presse, c’est un collectif de potes qui mutualisent leurs forces, leurs contacts et leurs maigres ressources pour sortir leur musique et celle des autres. C’est une machine de guerre contre l’industrie.
La forme juridique la plus adaptée à cet esprit est, sans conteste, l’association loi 1901. Son caractère non lucratif est parfaitement aligné avec la philosophie punk : les bénéfices éventuels ne sont pas distribués aux membres, mais réinvestis dans le projet (presser plus de disques, organiser plus de concerts). Le statut associatif permet d’avoir un compte en banque, de signer des contrats, de demander des salles et de gagner en crédibilité sans vendre son âme. Il incarne l’esprit collectif face au profit individuel. Bien que des géants indépendants existent, une étude sur le marché français de 2024 indique que si les labels indépendants produisent 80% des contenus musicaux, ils ne captent qu’une fraction des revenus face aux majors. Cela montre l’importance de créer des structures qui privilégient la culture sur le capital.
Choisir la bonne structure est une décision stratégique qui dépend de la maturité de votre projet. Ce tableau comparatif peut vous aider à y voir plus clair.
| Structure | Avantages | Contraintes | Adapté pour |
|---|---|---|---|
| Association loi 1901 | Non lucratif, gestion collective, subventions possibles | Comptabilité rigoureuse, AG annuelle | Projets communautaires, labels collectifs |
| Collectif informel | Aucune contrainte administrative, liberté totale | Pas de compte bancaire, responsabilité individuelle | Débuts, moins de 5000€/an |
| Auto-entreprise | Simplicité administrative, charges réduites | Plafonds de CA, individualise les revenus | Artiste solo, petit label |
Créer une association est simple : il faut être au moins deux, rédiger des statuts (des modèles existent en ligne), les déposer en préfecture et publier l’annonce au Journal Officiel. La « contrainte » administrative (une assemblée générale par an, un minimum de compta) est en réalité une force : elle oblige le collectif à discuter, à prendre des décisions ensemble et à rester transparent. C’est la bureaucratie au service de l’anarchie.
Un label associatif, ce n’est pas seulement un outil pour sortir des disques. C’est un point de ralliement, un foyer pour une scène locale, une preuve tangible qu’une autre manière de faire de la musique est possible.
À retenir
- L’autonomie est le seul profit : chaque décision DIY, du son à la logistique, renforce votre liberté.
- L’esthétique de la nécessité : transformez les contraintes budgétaires en choix artistiques forts et authentiques.
- La communauté avant tout : votre public et les autres groupes sont vos premiers partenaires, financiers et logistiques.
Comment adapter votre set « stade » pour jouer dans un salon ou un petit bar ?
La tournée DIY vous amènera dans des lieux improbables. Vous rêvez de jouer sur une grande scène, mais vous vous retrouverez le plus souvent dans le coin d’un bar miteux, dans le salon d’un squat ou au fond d’un jardin. L’erreur serait de vouloir reproduire votre son « stade » dans ces espaces. Essayer de pousser un ampli de 100W dans une pièce de 20m², c’est la garantie d’un son horrible et d’une bagarre avec les voisins. L’adaptation est la clé de la survie. Il faut apprendre à réduire le volume sans perdre l’intensité. C’est un exercice de style qui peut s’avérer extrêmement formateur.
L’expérience des pionniers est, là encore, une leçon. Dans les squats du 20ème arrondissement parisien où des groupes comme Bérurier Noir ont fait leurs débuts, il n’y avait tout simplement pas la place pour une batterie complète. Cette contrainte a donné naissance à une esthétique unique basée sur la boîte à rythmes. L’adaptation créative est devenue une signature sonore. L’idée est de déconstruire votre set pour n’en garder que l’essentiel. L’énergie explosive de la grande scène doit se transformer en tension palpable. Jouer moins fort oblige à jouer avec plus d’intention, à être plus précis. Chaque note compte.
L’adaptation n’est pas qu’une question de matériel. C’est aussi une question de posture. Dans un salon, il n’y a pas de scène. Vous êtes au même niveau que le public. Cette proximité change tout. Elle brise la barrière entre l’artiste et l’auditeur, créant une intimité et une vulnérabilité qui peuvent être incroyablement puissantes. Vous n’êtes plus un groupe sur un piédestal, vous êtes des gens qui jouent de la musique pour d’autres gens, dans la même pièce. C’est l’essence même du concert punk. Voici quelques techniques concrètes pour y parvenir :
- Remplacer la batterie complète par un kit minimal : une caisse claire, un charleston, une cymbale. Le batteur peut même jouer avec des balais ou des « hot rods » pour réduire le volume.
- Utiliser des petits amplis (5-15W) ou même jouer en « unplugged » ou directement dans une petite table de mixage.
- Se positionner au milieu du public, en cercle, plutôt que de faire face à un mur.
- Accepter et même intégrer les bruits ambiants (les conversations, les verres qui trinquent) comme partie intégrante de la performance.
Savoir jouer dans un salon, c’est la garantie de pouvoir jouer n’importe où, n’importe quand. C’est l’assurance que votre musique ne dépend pas d’une sono de 10 000 watts, mais de l’énergie que vous créez ensemble, ici et maintenant. Maintenant, arrêtez de lire. Prenez votre instrument, appelez vos potes, montez dans le van et allez jouer. La route vous attend.
Questions fréquentes sur la tournée punk DIY
Quelles sont les règles non-écrites du pit ?
La règle fondamentale est le respect. Tu ramasses immédiatement celui qui tombe, tu ne portes pas de coups intentionnels, surtout au visage, et tu respectes les limites de chacun. Si quelqu’un veut sortir de la fosse, tu l’aides. Le but est le défouloir collectif, pas la bagarre individuelle.
Comment gérer un concert DIY en toute sécurité sans compromettre l’esprit ?
La sécurité DIY repose sur le bon sens et la responsabilité collective. Assurez-vous que les issues de secours sont toujours dégagées, qu’un extincteur est visible et accessible, et qu’un kit de premiers soins est disponible. Désignez quelques personnes de confiance pour garder un œil sur le public, non pas comme des videurs, mais comme des membres bienveillants de la communauté prêts à intervenir en cas de problème.
Quelle est la différence entre un pogo et un circle pit ?
Ce sont deux formes de danse collective avec des codes différents. Le pogo est un saut plus ou moins sur place, où les corps se heurtent de manière chaotique. Le circle pit, lui, implique de courir en cercle autour d’un espace vide créé au centre de la fosse. Chacun a son énergie propre, et il est important de comprendre les codes pour participer en toute sécurité.